Etude d'un panneau de bois

Le musée Fabre vous associe à une démarche de restauration inédite

Les derniers résultats d'un dispositif expérimental hors norme:

 

Protéger les œuvres, redonner éclat et vie à celles qui ont subi des altérations, constitue pour toute institution abritant une collection publique un devoir vis-à-vis des générations à venir.Depuis son projet de rénovation initié en 2002 et sa réouverture en 2007, le musée Fabre a mené une intense campagne de restauration de ses collections, qui a impacté près de 2500 œuvres.Aujourd'hui, pour la première fois, les équipes souhaitent partager le travail de restauration avec les visiteurs et les associer à une étude scientifique novatrice et ambitieuse.

Vous ne verrez plus jamais les œuvres de la même manière…

 Un patient atypique en salle du Jeu de Paume: une œuvre sous haute surveillance

Panneau de bois dans chambre climatique
Chambre climatique verso

La restauration des œuvres d’art est une pratique au carrefour de l’art et de la science. A la façon d’un être vivant, une œuvre est sensible à son environnement et réagit à son milieu. Tout comme le corps humain, l'équilibre de l'œuvre est soumis à l'interaction de plusieurs facteurs. Chaque œuvre est un cas particulier et doit être abordée avec infiniment de précautions et d'attention, tout comme le malade en médecine. Elle nécessite dès lors un suivi et des soins spécifiques. Un dispositif installé en salle du Jeu de Paume vous permettra de découvrir une œuvre d’art spécifique dans toute la complexité de sa matérialité et non dans sa seule apparence visuelle. Ainsi L’œuvre n’est plus considérée seulement en tant qu’image mais en tant que corps.

L’œuvre  « équipée » est  installée dans une chambre climatique, posée sur une balance qui permet de mesurer les variations de masse, se trouvant dans la salle du Jeu de Paume.

Refixage et vérification de la couche picturale
Refixage et vérification de la couche picturale par Danièle Amoroso, restauratrice d’œuvres d’art, avant le début du projet

Le patient : une Sainte Trinité couronnant la Vierge (1516) d’un artiste anonyme espagnol ou flamand peinte sur un panneau constitué de quatre planches de bois de chêne.

Le diagnostic : l’œuvre présente des problèmes mécaniques structurels qui provoquent des fissures sur la face et le revers, et affectent négativement la conservation de la couche picturale.

Opérations antérieures : un parquetage fixé sur son revers avant les années 1970 n’a malheureusement pas endigué ces problèmes; voire, en conjonction avec des variations de climat, il pourrait les avoir initiés ou accentués.

Un dispositif à la pointe pour une œuvre vieille de plus de 5 siècles

L'étude scientifique se déroule sous les yeux du public, dans un espace vitré permettant aux visiteurs de suivre en direct les tests réalisés sur le patient.
L’œuvre est installée dans une enceinte climatique, dans laquelle on pourra vérifier comment les conditions climatiques affectent la forme du panneau, et même d’infimes variations de température et d’humidité permettront de mieux comprendre sa réactivité à son environnement. De plus, elle est scannée en permanence par 4 caméras et 3 capteurs  mécaniques pour mesurer ses déformations.

Pour enregistrer les réactions de l’œuvre, les instruments de mesure suivant sont mobilisés :

Kits Déformométriques

Trois Kits Déformométriques, équipés de capteurs électroniques de déformations, installés au dos de l’œuvre enregistrent les conséquences mécaniques sur le panneau des variations climatiques dans l’enceinte.

Une balance de grande précision mesure l’absorption et la résorption des molécules d’eau par le panneau.

Balance

Les gommettes installées sur la surface de l’œuvre servent de points de repère aux caméras. Elles ne présentent aucun effet nocif pour l’œuvre.

Deux paires de caméras filment la face et le revers de l’œuvre en continu, permettant une étude du panneau en trois dimensions.

Gommettes

De nombreux examens seront réalisés sur une période de plusieurs mois, sur l’œuvre accompagnée puis séparée de son cadre.

Les mesures réalisées donneront lieu à l’édition d’imageries scientifiques illustrant ces éventuelles variations.

Chaque mois nous vous donnerons des nouvelles du patient et de l'évolution de son état de santé en vous communiquant les mesures enregistrées.

Objectif de l'étude : la mise en place d'un protocole de soins

Cet encéphalogramme hors norme devrait permettre de définir le meilleur protocole de restauration puis de conservation pour l’œuvre, mais également de mieux connaître en général les réactions des peintures sur bois au milieu environnant.

Une équipe d'intervention de choc :

                                                                                                                             

                       
Relevé des fissures du support
Relevé des fissures du support par Gilles Tournillon, restaurateur d’œuvres d’art en bois                           

L'histoire de l'art mais aussi les sciences physico-chimiques doivent s'associer pour comprendre les mécanismes de dégradation des œuvres et la connaissance de la matière.

Les « médecins » sont les meilleurs. Ils sont restaurateurs, ingénieurs, chercheurs en mécanique des solides, en mécanique du bois, chimistes, historiens de l'art.

Ces experts viennent :

     - de l'Équipe Bois de Laboratoire de Mécanique et Génie Civil (LMGC), Université de Montpellier, CNRS, Montpellier

     - de l’équipe PEM (Photomécanique et mécanique expérimentale du département GMSC de l’Institut PPRIME, UPR3346  CNRS, Université de POITIERS, ISAE-ENSMA.

http://www.pprime.fr/?q=fr/recherche-scientifique/d3/photomecanique

     - de la UR "Sciences et Technologies du Bois et des Exploitations forestières" du Département GESAAF, de l’Université de Florence (Italie) http://www.forestalegno.unifi.it/

     - du projet Climate4Wood appartenant au programme Science4Arts de l’Organisation Néerlandaise de la Recherche Scientifique (NWO). Les instituts impliqués sont : le Rijksmuseum d’Amsterdam, le ministère néerlandais à la culture (RCE) et les Universités Techniques de Eindhoven et de Delft.

 L’équipe des restaurateurs :

- Gilles Tournillon (support bois, enceinte climatique)

- Danièle Amoroso (couche picturale)

- Philippe Hazael Massieux  (support bois)

Pose du verre sur les deux faces de la chambre climatique
Pose du verre sur les deux faces de la chambre climatique, par Olivier Chassagne, responsable de l’équipe technique du musée Fabre

La suite en 2018 : une exposition dossier sur cette campagne de restauration exceptionnelle et singulière

Une exposition en 2018 présentera au public l’ensemble des œuvres restaurées et des découvertes réalisées à l’occasion de différentes interventions.
A travers six œuvres des collections permanentes, le visiteur pourra découvrir cinq medium artistiques (peinture sur bois, sur toile, sculpture, dessin, matériaux contemporains) et cinq problématiques matérielles.
Cette exposition vous permettra alors de constater qu'avant d'être accrochées et admirées, des miracles se produisent dans les ateliers des restaurateurs...
Ce projet a été réalisé avec le soutien financier de la Direction régionale des affaires culturelles Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et grâce au généreux mécénat de la Fondation BNP Paribas et des Amis du musée Fabre.

Les premiers résultats d'un dispositif expérimental inédit

©Delphine Jullien (Equipe Bois, LMGC, UMR5508 Université Montpellier-CNRS) au GDR Bois à Bordeaux

Le projet présenté par nos partenaires :

http://www.lmgc.univ-montp2.fr/spip.php?article221!

Ce projet a été réalisé avec le soutien financier de la Direction régionale des affaires culturelles Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées et

grâce au généreux mécénat de la Fondation BNP Paribas et des Amis du musée Fabre.

Kits Déformométriques
Luca Uzielli (GESAAF) devant les trois Kits Déformométriques positionnés au revers du panneau
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