Joseph-Marie Vien (1716-1809), premier peintre du roi, sénateur et comte d'Empire

Adelaïde Labille-Guizard, Portrait de Joseph Marie Vien, peintre du roi
Adelaïde Labille-Guiard, Portrait de Joseph Marie Vien, peintre du roi, 1782, pastel sur papier, Montpellier, musée Fabre

A l'occasion du tricentenaire de sa naissance, le musée Fabre rend hommage à l'un des plus importants artistes montpelliérains de l'histoire de l'art : Joseph-Marie Vien. Initiateur du néoclassicisme au source duquel Jacques-Louis David et François-Xavier Fabre puisèrent leur inspiration, son exceptionnelle longévité (92 ans) le fit traverser les règnes de Louis XV et Louis XVI, la Révolution, le Consulat et l'Empire. A travers une trentaine d'œuvres de Vien et une quinzaine d'oeuvres de ses élèves, complétées par des prêts du Musée Atger et des Archives de Montpellier, le musée Fabre propose un parcours de la Galerie des colonnes à la salle 24 pour redécouvrir cet artiste, son style, sa méthode et son héritage.

Vien, Premier Peintre du roi, Sénateur et Comte d’Empire 

Jacques Louis David, Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine à Notre-Dame de Paris, 2 décembre 1804, Huile sur toile, Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon
Jacques Louis David, Sacre de l'empereur Napoléon Ier et couronnement de l'impératrice Joséphine à Notre-Dame de Paris, 2 décembre 1804, Huile sur toile, Versailles, châteaux de Versailles et de Trianon

On mesure mal quels furent le succès et la renommée de Vien lors de sa longue carrière tout au long du XVIIIe siècle. Si les noms de Watteau, Boucher, Chardin ou David sont aujourd’hui plus familiers, Vien, né à Montpellier il y a trois cent ans, peut se prévaloir d’être à l’origine de l’émergence du néoclassisme.

Né dans une famille d’artisans du quartier Sainte-Anne, le jeune enfant manifesta précocement des dons pour le dessin. Conscient de ses progrès, son entourage accepte sa vocation de peintre et son départ pour Paris en 1740. Son travail acharné le conduit à remporter le Prix de Rome et à gagner la Ville éternelle en 1745. A son retour à Paris en 1750, son style naturaliste heurte la sensibilité de ses contemporains tout comme il en enthousiasme d’autres. Il doit attendre 1755 pour être reçu académicien.

A partir de cette date, les succès se multiplient. Ses productions incarnent, pour le public comme pour l’administration royale d’où proviennent les commandes prestigieuses, un vrai renouvellement de la peinture, fondé sur la clarté du style comme de l’idée, donnant à voir les sujets héroïques de l’Antiquité. Nommé Directeur de l’Académie de France à Rome de 1775 à 1781, il devient Premier peintre du roi en 1789.

S’il ne fut sans doute pas opposé aux premiers élans révolutionnaires de 1789, sa fidélité à un régime et à des hommes auxquels il doit tout le conduit à préférer la discrétion sous la Terreur. Sous l’influence de son élève David, le vieil homme revient en grâce sous le Consulat. Nommé sénateur puis comte d’Empire, il figure en bonne place sur Le Sacre de Napoléon de son élève. Sa dépouille est transférée au Panthéon à sa mort en 1809, où il est aujourd’hui le seul artiste à reposer.

Vien et Montpellier

Vien Agar présentée par Sarah à Abraham
Joseph-Marie Vien,Sarah présentant Agar à Abraham, 1749, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre

Même si Joseph-Marie Vien a quitté Montpellier pour la capitale, il reste néanmoins attaché à sa ville natale et n’y manquera pas d’y retourner.

François-Xavier Fabre n’oublia pas son maître lors de la fondation de son musée offrant notamment l’Etude académique, la Tête de vieillard et le dessin préparatoire de L’Ermite endormi. L’active politique d’acquisition du musée se poursuit aujourd’hui avec en 2015, l’achat de Sarah présentant Agar à Abraham.

Vien et le néoclassicisme 

Détail de Joseph,-Marie Vien, Saint Denis prêchant la Foi en France, esquisse, 1767, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre
Joseph-Marie Vien, Saint Denis prêchant la Foi en France, esquisse, 1767, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre

Vien occupe une place centrale dans le renouveau du goût pour l’antique qui traversa les arts en France du milieu du XVIIIe jusqu’au XIXe siècle, mouvement que l’on qualifie aujourd’hui de néoclassique.
Cependant, le premier style de Vien, jusqu’à sa réception à l’Académie en 1755, est marqué par une inspiration plus naturaliste qu’antiquisante (Tête de vieillard,Saint Jean Baptiste).
Au même moment, la peinture française est marquée par le style « rocaille », ce « goût frivole qui dégénéra bientôt en une espèce de mode » selon les mots de Vien.
Dans ses Mémoires, l’artiste se présente comme un peintre sans culture, mais dont la naïveté lui permet de ne pas succomber aux artifices de la rocaille.
Sa rencontre décisive avec le Comte de Caylus, amateur passionné d’antiques, convertit Vien au néoclassicisme.

Vien pédagogue 

Joseph-Marie Vien, Etude Académique, Vers 1745-1750, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre
Joseph-Marie Vien, Etude Académique, Vers 1745-1750, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre

« J’eus plus d’élèves à moi seul que tous les autres maîtres ensembles » note Vien dans ses Mémoires. Le succès rencontré par le néoclassicisme durant la seconde moitié du XVIIIe siècle et la part centrale que Vien joua dans cette transformation stylistique ne tient pas uniquement à un changement de goût ou de mode.

Le nombre considérable d’élèves passés par l’atelier du maître, ses talents de pédagogue, ses missions de professeur au sein de l’administration royale et sa très grande longévité expliquent également le triomphe de l’idéal néoclassique.

Ménageot, Peyron, Taillasson, Suvée, Regnault, Vincent, mais surtout David et Fabre, tous bénéficièrent de ses conseils et de son enseignement, et devinrent plus tard les hérauts de ce renouveaudu goût pour l’antique.

Marie-Thérèse Reboul

Vien, Portrait de madame Vien, 1760, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre
Joseph-Marie Vien,Portrait de madame Vien, 1760, Huile sur toile, Montpellier, musée Fabre
Marie-Thérèse Vien, Fleurs dans un vase de cristal, aquarelle et pastel, Montpellier, musée Fabre

Marie-Thérèse, devenue l'épouse de Vien en 1757, devient ainsi la dixième académicienne et expose régulièrement aux Salons de peinture. Elle sait déjà peindre lorsque le comte de Caylus vante son talent auprès de Joseph-Marie Vien.

Diderot chronique favorablement ses œuvres : « Les morceaux d'histoire naturelle de Mme Vien ont le mérite qu'il faut désirer la patience et l'exactitude. Un portefeuille de sa façon instruirait autant qu'un cabinet, plairait davantage et ne durerait pas moins » écrit-il en 1759.

« Elle sera l’amie de votre cœur et la compagne de vos glorieux travaux » lui avait prédit le peintre suédois et ami Roslin.  De fait ils ont composé des ouvrages ensemble, lui dessinant et elle gravant.

 

Marie-Thérèse Vien, Fleurs dans un vase de cristal, aquarelle et pastel, Montpellier, musée Fabre

Vien et l’objet à l’Hôtel Sabatier d’Espeyran

Joseph-Marie Vien, Jean-Jacques Flipart, La vertueuse athénienne, 18e siècle, gravure, Montpellier, musée Fabre

Avant d’entrer dans un véritable atelier de peintre, Vien suit un apprentissage de deux ans, de 1730 à 1732, auprès d’un artisan faïencier, Jacques Fortier, situé dans le Faubourg du Courreau.

Protégé et ami du comte de Caylus, célèbre archéologue vantant les vertus du modèle antique, l’artiste est parmi les premiers à donner forme au goût émergent pour l’accessoire et l’ornement. Il leur réserve une place de choix dans certaines de ses compositions fameuses et ses trouvailles décoratives ne sont pas pour rien dans le succès qu’il obtient au Salon de 1763 avec ses sujets « à la grecque ».

La belle série de gravures ici exposées permet d’apprécier, outre la diffusion contemporaine qu’elles assurèrent aux tableaux, combien Vien, a su participer au renouvellement des styles jusque dans les arts décoratifs.

 

Joseph-Marie Vien (dessinateur), Jacques Firmin Beauvarlet (graveur), La Marchande d'Amours, 1797, gravure, Montpellier, musée Fabre
Joseph-Marie Vien (dessinateur), Jacques Firmin Beauvarlet (graveur), La Marchande d'Amours, 1797, gravure, Montpellier, musée Fabre