Bernardo Cavallino, La Mort de saint Joseph

Petit tableau de dévotion privée, La Mort de saint Joseph compte parmi les chefs-d’œuvre de la jeunesse de Bernardo Cavallino, l’un des peintres les plus estimés de la scène artistique napolitaine du deuxième quart du XVIIème siècle. Tout récemment entré dans les collections du musée Fabre, ce tableau est dévoilé pour la première fois au public à l’occasion de l’exposition évènement L’Age d’Or de la Peinture à Naples où il introduit cinq autres toiles du peintre, plus tardives, dont Sainte Cécile en extase, 1645 (Naples, Museo e Gallerie Nazionali di Capodimonte), La Joueuse de clavicorde, vers 1645-1650 (Lyon, musée des Beaux-Arts) et Judith avec la tête d'Holopherne, vers 1650 (Stockholm, Nationalmuseum), œuvres révélatrices du raffinement atteint par l’artiste au milieu des années 1640, par l’élégance du chromatisme, les jeux subtils de la pénombre et les accords de couleurs recherchés et suggestifs.

Bernardo Cavallino, qui a passé toute sa vie à Naples, aurait été formé chez Massimo Stanzione grâce à qui il serait entré en contact avec le ténébrisme dramatique des caravagesques napolitains. Caravage était en effet passé à Naples en 1606-1607, influençant profondément l’école de peinture locale. Les premières œuvres de Cavallino sont marquées par cette manière, par cette lumière rasante qui dissimule certaines formes et en isole d’autres, les faisant violemment émerger d’une obscurité insondable afin de créer des contrastes expressifs. Son style très sombre s’adoucit progressivement au contact de peintres flamands collectionnés à Naples comme Antoon van Dyck ou Peter-Paul Rubens dont Le Festin d’Hérode fait forte impression sur les artistes locaux. La couleur, riche et généreuse qu’employaient ces peintres flamands, marque la palette de Cavallino qui s’oriente dès lors vers des tons plus clairs, appliqués avec subtilité et délicatesse. 

Datée de la fin des années 1630, La Mort de saint Joseph appartient à la série des petits et moyens formats qui constituent la spécialité de Cavallino. Le sujet est typique de la Contre-Réforme catholique napolitaine pour son exaltation des sentiments les plus humains des personnages sacrés. La touche, très subtile, est mise au service d’une expressivité intense – en témoigne la position du Christ – mais dans le même temps retenue et silencieuse. Sur un lit et vêtu de blanc, Joseph est étendu, sans vie. Son corps fortement éclairé forme une diagonale qui structure le tableau, séparant les personnages à l’arrière-plan du panier d’osier au premier plan. Dans le coin supérieur droit, on aperçoit un grand rideau tiré qui dramatise davantage la composition. Rien n’indique ici qu’il s’agit de personnages sacrés. Un faisceau lumineux caresse le Christ aux traits juvéniles -qui selon la tradition n’a pas encore entamé sa prédication- et vient souligner le geste tendre de la main. La sensibilité à la couleur -la tunique rouge du Christ et surtout la couverture en nuances de gris argenté-, l’élégance formelle, la finesse de l’exécution, renvoient plutôt à l’art de Stanzione et d’Artemisia Gentileschi qui marquèrent l’artiste à ses débuts vers 1640.

L’on pourrait également souligner la proximité de cette œuvre avec La Mort de la Vierge du Caravage, 1601-1606 (Paris, Musée du Louvre) que Cavallino n’a certes pas pu voir mais cette composition a fortement marqué les esprits et elle a intégré un vocabulaire figuratif commun chez les caravagesques dont Cavallino a hérité. Les similitudes sont trop importantes pour être écartées : la position du saint, le fait que la plante de ses pieds soit visible, la nature morte au premier plan, les personnages disposés d’un côté du lit et plus ou moins fondus dans l’obscurité, et enfin le grand drapé dans la partie haute sont autant d’éléments qui ne peuvent être les simples fruits du hasard.

Le musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole remercie ses mécènes

La Mort de Saint Joseph,qui complète le riche fonds italien du musée Fabre constitué essentiellement par son fondateur François-Xavier Fabre, a pu être acquis grâce à un mécénat exceptionnel de la Banque Dupuy, de Parseval, du Crédit Agricole du Languedoc en partenariat avec la Fondation Crédit Agricole-Pays de France ainsi que le concours de Pragma Immobilier et Angelotti Promotions.

   

Bernardo Cavallino (Naples, 1616 – Naples, 1656)
La Mort de saint Joseph
Fin des années 1630
Huile sur toile
H. 46,5 ; l. 36,2 cm

Paris, collection privée ; Paris, Galerie Canesso ; achat de Montpellier Méditerranée Métropole avec le soutien de la Banque Dupuy, de Parseval, du Crédit Agricole du Languedoc en partenariat avec la Fondation Crédit Agricole-Pays de France, de Pragma Immobilier et Angelotti Promotions, 2015.