Jean de Troy, Saint Pierre et saint Jean guérissant le paralytique à l’entrée du temple de Jérusalem (modello)

Après le siège de Montpellier par le pouvoir royal en 1622 contre les huguenots, les commandes de retables de grands formats pour animer les églises de Montpellier se multiplient tout au long du XVIIe siècle. La présentation en 1657 de l’immense Chute de Simon le magicien de Sébastien Bourdon dans le chœur de la cathédrale est sans doute l’évènement le plus marquant de l’histoire de la peinture à Montpellier au Grand Siècle. Pour poursuivre l’aménagement du chœur de l’église, le chapitre de la cathédrale commande en 1687 à Jean de Troy deux peintures ayant vocation à accompagner le tableau central et à constituer un cycle autour de la vie de son saint patron : Saint Pierre et saint Jean guérissant le paralytique et La Remise des clefs à saint Pierre, de mêmes dimensions que le tableau de Bourdon (H. 6 ; L. 4,70 m). L’œuvre acquise par le musée Fabre en est soit une copie autographe rétrospective, soit une esquisse préparatoire, déjà très achevée. L’ensemble du programme permettait ainsi d’évoquer, à travers trois grandes peintures, trois épisodes cruciaux de la vie du saint patron de la cathédrale de Montpellier.

Jean de Troy (1638-1691), peintre d’origine toulousaine, directeur d’une éphémère Académie de peinture à Montpellier (1679-1684) est sans conteste le premier peintre de la ville à la fin du XVIIe siècle, et le seul capable, par l’importance de son atelier, de réaliser cette commande monumentale. Fidèle aux préconisations du chapitre de la cathédrale, Jean de Troy s’inspire explicitement de deux tableaux de Nicolas Poussin des mêmes sujets (Saint Pierre et saint Jean guérissant le paralytique, New York, Metropolitan Museum of Art ; La Remise des clefs à saint Pierre, collection du duc de Sutherland, en dépôt à la National Gallery of Scotland, Edimbourg ) que l’artiste montpelliérain devait connaître de façon précise, au moins par la gravure. Cette réduction possède quelques variantes par rapport au tableau de la cathédrale (en particulier la coiffure du personnage à l’extrême droite, observant le spectateur).

La commande de la toile de la cathédrale a sans doute fait l’objet d’un concours. En effet, deux compositions d’un autre artiste languedocien contemporain de Jean de Troy, Raymond Lafage, conservées à Paris (Saint Pierre guérissant le paralytique, École nationale supérieure des beaux-arts, PM 977 ; Saint Pierre guérissant le paralytique, copie d’après Raymond Lafage, musée du Louvre, INV 33673) et datées des années 1680, semblent prouver que l’artiste a pu également concourir à cette commande. On pourrait ainsi considérer que notre tableau, dans un climat d’émulation avec Lafage, soit une esquisse très aboutie précédant la réalisation du tableau final pour la cathédrale.

La production de peinture de Jean de Troy n’était jusqu’à présent représentée au musée que sous la forme de portraits, tandis que cette toile offre l’opportunité d’évoquer un des artistes les plus importants de la scène artistique montpelliéraine de la seconde moitié du XVIIe siècle. L’œuvre constitue un véritable jalon dans la généalogie de l’art montpelliérain, entre Sébastien Bourdon au milieu du XVIIe siècle et Jean Ranc et Jean Raoux au début du XVIIIe.

Pierre Stépanoff

  • En savoir plus:

Francine Arnal, Alain Chevalier, Tableaux religieux du XVIIe siècle à Montpellier, Association pour la connaissance du patrimoine du Languedoc Roussillon, L’inventaire général, Montpellier, 1993.

Alain Chevalier, « La collection Boussairolles : goût et commerce à Montpellier sous le Consulat et l’Empire », dans Bulletin de la Société de l’Histoire de l’Art français, Paris, 1995 (année 1994), p. 169-191.

Ouvrages disponibles à la bibliothèque et à la documentation du musée Fabre

Jean de Troy
Saint Pierre et saint Jean guérissant le paralytique à l’entrée du temple de Jérusalem (modello)
vers 1687
Huile sur toile
H. 119 ; L. 96 cm

Hist. : Peint vers 1687, préparatoire au tableau de même sujet pour la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier ; peut-être dans la collection des Deydé ou des Flaugergues jusqu’à la Révolution ; par héritage en 1811, collection de Jacques-Joseph de Boussairolles (1741-1814), trouvé dans un galetas du château de Flaugergues ; vendu par ses descendants en vente publique à Palavas-les-flots, 25 juin 1983 ; Paris, Galerie Didier Aaron, 1996 ; Paris, galerie Franck Baulme en 2016, acheté par Montpellier Méditerranée Métropole pour le musée Fabre avec le soutien de la région Occitanie.