Louis Gauffier, Vue sur la vallée de l’Arno à Florence

Louis Gauffier (1762-1801), peintre d’histoire de formation, remporte le Premier Prix de Rome de l’Académie royale pour l’année 1784 aux côté de Jean-Germain Drouais. Camarade de Fabre à l’Académie de France à Rome, il est contraint de quitter la ville en 1793 à la suite des émeutes anti-françaises menées par les Italiens contestant la politique révolutionnaire de la Convention. A l’exemple de nombreux artistes tels Fabre, Gagneraux, Boguet ou les frères Sablet, Louis Gauffier trouve refuge à Florence et s’oriente dès lors vers une carrière de portraitiste de la société aristocratique européenne réalisant son Grand Tour en Italie (Onze réductions de portraits, Montpellier, musée Fabre). Il s’initie également au paysage, dont cette Vue de Florence est un des plus beaux exemples.

Cette vue sur la vallée de l’Arno avec la ville de Florence au coucher du soleil est prise depuis une terrasse de la Costa San Giorgio, en dessous du Forte Belvedere. Entourées des vieilles murailles de la ville, on discerne les églises du quartier Oltrarno, « au-delà de l’Arno », à l'ouest : Santa Maria del Carmine, Santo Spirito et San Frediano qui se démarque devant le fleuve. Le tableau est daté de 1795, à peine deux ans après l’arrivée de Gauffier à Florence. Anna Ottani Cavina  souligne que cette veduta ambitieuse a sans doute contribué à affirmer la place de Gauffier en tant que paysagiste en Toscane. En effet, en septembre de la même année, un procès-verbal de l’Académie de Florence témoigne de la proposition de l’accueillir parmi les professeurs de l’institution.
Les liens de Gauffier avec Fabre sont faits d’amitié et d’inspiration réciproque dans leurs productions picturales, jusqu’au décès précoce de Gauffier en 1801. La proximité des deux artistes et la très grande estime que Fabre avait pour les œuvres de son ami expliquent le nombre important de peintures et de dessins de Gauffier dans les collections du musée Fabre (huit peintures et vingt-cinq dessins donnés ou légués par Fabre à l’institution).

L’acquisition de cette Vue de Florence est une occasion unique de compléter les collections du musée. La ville de Florence est d’une importance centrale dans  l’histoire des collections, en ce qu’elle fut la résidence de Fabre pendant près de trente ans. Cependant, aucun tableau du musée ne donnait jusqu’à présent à voir la silhouette si familière de cette ville d’Italie. Ce nouveau tableau exprime une sensibilité aux subtilités atmosphériques de la lumière très caractéristique de la peinture de paysage néoclassique, à l’exemple des productions d’Hendrick Voogd (Le Passage du gué, Montpellier, Musée Fabre), Didier Boguet (Vue du château et du parc de l'Ariccia, Montpellier, musée Fabre, Jacob Philipp Hackert (Le Parc de l’Arricia, près d’Albano), Pierre-Athanase Chauvin (Vue prise aux environ de Naples, Montpellier, musée Fabre) ou Simon Denis (Vue prise depuis Civita Castellana), d’autres artistes représentés dans les collections, contemporains de Gauffier, et tous fascinés par l’inimitable lumière dorée de l’Italie. L’insertion des figures féminines au premier plan, vêtues de costumes folkloriques italiens, offrent un caractère pittoresque au tableau, et annoncent de façon novatrice et précoce l’intérêt, tout au long du XIXe siècle, pour la représentation de ce genre de costumes (Alexandre Cabanel, La Chiaruccia, 1848; Jules Didier, Les Femmes de Terracine à la fontaine, 1859. Deux toiles conservées au musée Fabre).

Ce tableau, désormais exposé en salle 22 aux côtés d’autres paysages néoclassiques, entre particulièrement en résonance avec la magnifique vues de la célèbre abbaye de Vallombrosa peinte par l’artiste deux années plus tard.

  • En savoir plus :

Catalogue de l’exposition De David à Delacroix, La peinture française de 1774 à 1830, Paris, Grand Palais, du 16 novembre 1974 au 3 février 1975. Pierre Rosenberg. Paris, Edition des musées nationaux, 1974.
Catalogue de l’exposition De la Nature, Montpellier, musée Fabre, du 18 juillet 1996 au 10 novembre 1996. Michel Hilaire. Olivier Zeder. Paris, Editions de la RMN, 1996. (lien vers l’expo ici)
Catalogue de l’exposition Paysages d’Italie. Les Peintres du plein air (1780-1830), Paris, Grand Palais, du 3 avril au 9 juillet 2001, Mantoue, Palazzo Te, du 1er septembre au 16 décembre 2001. Anna Ottani    Cavina. Vincent Pomarède. Stefano Tumidei. Paris, Editions de la RMN, Milan, Electa, 2001.

Ouvrages disponibles à la bibliothèque du musée Fabre.

Louis Gauffier (Poitiers. 1762 – Florence. 1801)
Vue sur la vallée de l’Arno à Florence
Signé et daté en bas à gauche « L. Gauffier Flrce. / 1795 »
Huile sur toile
H. 82 cm ; L. 110 cm

Hist.: Londres, Wildenstein, 1949 ; Bruxelles et Florence, Galerie Robert Finck en 1966 ; Londres, Sotheby’s, vente le 16 mars 1966, lot 55 ; Bruxelles, Galerie Robert Zuck ; Collection privée, Allemagne ; Bâle, Galerie Heim ; Achat de Montpellier Méditerrannée Métropole avec le soutien de la Fondation d’entreprises du musée Fabre, 2016.