Frédéric Bazille, La Macreuse

De par sa rareté, le passage en vente d’une toile de Frédéric Bazille est toujours un événement et les amateurs de son œuvre sont nombreux. L’achat en vente publique à New York en mai dernier de La Macreuse, une œuvre de 1864, est donc tout à fait exceptionnel.
Le père du peintre, Gaston Bazille, était grand amateur de chasse à la macreuse, ce canard marin au plumage noir ou brun pour les femelles. Frédéric Bazille aura certainement étudié l’oiseau de près à la suite d’une partie de chasse. Cette Macreuse est probablement représentée accrochée au mur près de la cheminée dans l’Atelier de la rue Visconti daté de 1867 (Richmond, Virginia Museum of Fine Arts, Collection of Mr and Mrs Paul Mellon).

La Macreuse dégage une poésie subtile liée à l’économie de la palette et au rendu velouté du plumage. La palette est en effet réduite à quelques tonalités, suivant la leçon de Manet qui s’inspira peut-être de cette toile pour réaliser son Grand Duc (1881, Zurich, collection E. G. Bührle). Le rendu du plumage traduit l’attention portée par Bazille aux grands maîtres français du genre, Jean-Baptiste Oudry (1686-1755) et Jean-Siméon Chardin (1699-1779), et atteste du don de l’artiste à transformer, dans un espace dépouillé, ce sujet en un véritable morceau de peinture. La modernité du cadrage resserré, coupant net le bec, la présence de la mouche, la vigueur du dessin, la densité de l’ombre ainsi que les veines et nœuds du bois rendus en trompe-l’œil, font de cette toile un unicum dans l’œuvre du peintre.

La Macreuse dialogue étroitement avec cette série de natures mortes et enrichit sensiblement le fonds majeur consacré à cet artiste dans sa ville natale. La Macreuse vient naturellement faire écho à Nature morte au héron (fig. 1), peinte en 1867, une œuvre où la virtuosité du peintre atteint des sommets. Entreprise dans l’atelier de la rue Visconti en compagnie d’Alfred Sisley, c’est un manifeste de l’amitié qui lie les futurs impressionnistes entre 1865 et 1870. Présentée dans la salle consacrée à Bazille, elle dialogue avec Le Héron aux ailes déployées d’Alfred Sisley et Frédéric Bazille peignant le héron de Pierre-Auguste Renoir (fig. 2), toutes trois datées de 1867. L’on peut également percevoir dans l’accrochage actuel la distance qui sépare la représentation toute académique du Trophée de chasse de Claude Monet, peint en 1862, de la modernité picturale des natures mortes de Sisley et Bazille.

L’œuvre de Frédéric Bazille constitue l’un des axes privilégiés d’enrichissement pour le département du XIXe siècle du musée Fabre. L’artiste a connu une carrière brillante, stoppée par son décès brutal face aux Prussiens. Le musée Fabre de Montpellier présente l’un des fonds les plus riches des collections françaises et étrangères, ce qui en fait une référence internationale pour l’œuvre de Bazille. Dix-huit toiles sur les soixante peintes au cours de sa carrière, trois dessins et treize lettres de sa main sont ainsi conservés à Montpellier.

Bibliographie :

  • Marie Lozón de Cantelmi, "La Macreuse (1864) de Frédéric Bazille, un achat exceptionnel", La revue des musées de France. Revue du Louvre, 4-2012, pp. 16-18.
Frédéric Bazille (Montpellier, 1841 - Beaune-la-Rolande, 1870)
La Macreuse
1864
Huile sur toile
H. 47,3 ; L. 39 cm

S.b.g. : F. B.

Inv. 2012.8.1

Hist.: famille de l’artiste jusqu’en 1961 ; collection particulière ; vente, New-York, Sotheby’s, Impressionist & Modern Art Day Sale, 3 mai 2012, n° 8851, lot 140 ; achat de la Communauté d’Agglomération de Montpellier, 2012.