François-André Vincent, Renaud et Armide

Après une formation académique à Paris puis à Rome, François-André Vincent revient en France en 1777 et connaît un succès considérable à la fin de l’Ancien Régime. Au Salon de 1787, il présente Renaud et Armide, tableau aujourd’hui disparu (H. 149 ; L. 186 cm), commandé par le comte d’Artois, frère du roi et futur Charles X. Ce dernier demande en outre  à Jacques-Louis David, grand rival de Vincent, une œuvre considérée comme un pendant, Pâris et Hélène, exposée au Salon de 1789 (musée du Louvre). Dans les deux cas, le sujet est celui du triomphe de l’amour sur les armes.

Renaud et Armide acquis par le musée Fabre est une réplique réduite originale, semble-t-il sans variante, du chef-d’œuvre perdu. La scène, tirée de la Jérusalem délivrée du Tasse (chant XX), illustre le moment où les deux protagonistes, issus de camps ennemis, s’avouent leur amour : le chevalier chrétien Renaud arrête et serre dans ses bras la princesse musulmane Armide qui, après la défaite des Infidèles, s’apprête à se donner la mort. Dans un mouvement tournant, le corps d’Armide qui à la fois défaille, paraissant s’offrir, et se dérobe à l’étreinte, bascule et verse la composition vers la gauche. Les troncs d’arbres et les rochers du sombre vallon, qui entourent la scène, amplifient et équilibrent le mouvement.

Cette réplique semble avoir été réalisée pour constituer le pendant d’un autre tableau de Vincent, Arria et Poetus, reprise originale, avec quelques variantes, de la toile présentée au Salon de 1785 (Saint Louis Art Museum, Missouri). Ces deux répliques autographes de mêmes dimensions, formant une paire sous doute réalisée à la demande d’un amateur, montrent deux aspects du néoclassicisme : le côté précieux, sophistiqué et romanesque du Renaud et Armide, le côté grave, radical et davidien de l’Arria et Poetus. Désormais séparées, elles ont appartenu toutes deux à Julien-Victor Veyrenc (1756-1837), élève de Vincent, qui fut un grand collectionneur et donateur du musée des Beaux-Arts de Valence.

Une seconde réplique de Renaud et Armide (collection Hortvitz à Boston), de format plus réduit et d’une exécution précieuse, au coloris vif et délicat, fut exposée à Montpellier lors de la première rétrospective consacrée à l’artiste en 2014 : François-André Vincent (1746-1816), un artiste entre Fragonard et David.

François-Xavier Fabre fit entrer cinq tableaux de Vincent au musée de Montpellier, dont Alcibiade recevant les leçons de Socrate et Bélisaire. Ils ont été peints la décennie d’avant et sont de style bien différent, encore baroque. Renaud et Armide enrichit ainsi de manière marquante le fonds Vincent et plus largement le fonds néoclassique du musée Fabre.

En savoir plus :

François-André Vincent (Paris, 1746 - 1816)
Renaud et Armide
Vers 1787
Huile sur toile
H. 103,5 ; L. 131,5 cm
Inv. 2014.5.1

Hist.: collection Julien-Victor Veyrenc (1756-1837), élève de Vincent ; resté dans la famille Veyrenc ; Paris, Drouot-Richelieu, vente du 27 juin 2014, lot 51, achat par préemption de la Communauté d’Agglomération de Montpellier avec l’aide du FRAM Languedoc-Roussillon, 2014.