Supports / Surfaces : une acquisition exceptionnelle de trois pièces historiques.

Le musée Fabre est un musée de référence pour le mouvement artistique Supports/Surfaces, parfois qualifié de dernier mouvement d’avant-garde du vingtième siècle. Au cours des vingt dernières années, le musée a constitué un fonds considérable autour de ce mouvement grâce à l’acquisition d’œuvres d’artistes y ayant participé ainsi que d’autres qui s’en approchent (Claude Viallat, André-Pierre Arnal, Louis Cane, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Toni Grand, Vincent Bioulès).
L’achat de trois œuvres réalisées par des acteurs majeurs du mouvement, jusqu’ici absents des collections du musée, compléte ce fonds remarquable. Il s’agit de Patrick Saytour, Bernard Pagès et Noël Dolla. Cette triple acquisition est exceptionnelle : les œuvres datent du tout début de l’aventure Supports/Surfaces qui débute autour de 1967 et connaît son apogée en 1970-1971. Ce sont les années les plus fertiles pour le mouvement au cours desquelles les artistes expriment avec force leur volonté d’affranchir la peinture de toute prérogative esthétique, à la recherche du degré zéro de la beauté. La radicalité de leur parti pris est toujours d’actualité et ces travaux apportent un éclairage sur l’histoire de la peinture qui s’écrit au fil des collections du musée Fabre.

Les œuvres de Bernard Pagès et de Patrick Saytour ont été acquises par la Fondation d’entreprise du musée Fabre, mécène généreux et avisé qui accompagne le musée dans l’enrichissement de ses collections.
supports / surfaces

Patrick Saytour est un membre fondateur du groupe Supports/Surfaces. En 1968, il participe à l’exposition « Ve Festival d’Arts plastiques de la Côte d’Azur » qui réunit entre autres Bioulès, Dezeuze, Buraglio, Pagès. Il expose à l’ARC en 1970 lors de l’exposition « Supports/Surfaces » avec Valensi, Bioulès, Viallat, Dezeuze et Devade.
Saytour pratique une forme d’anti-peinture peignant sur des toiles libres avec un médium souvent étranger au monde des beaux-arts. Il recherche la déconstruction de la forme, de la couleur, du format, du cadre. Dans un texte daté de 1970, il déclare : « Il me semble donc important de faire une peinture irrécupérable au niveau des intentions et inutilisable par sa forme, qui ne comporte pas de fonction anecdotique, une possibilité décorative, l’application d’une technique rare ou subtile, l’imposition d’une vision ». L’aspect volontairement négligé de l’œuvre témoigne des positions radicales de l’artiste qui cherche à désacraliser la peinture par le refus de l’image et du savoir-faire.

Proche du groupe Supports/Surfaces, Bernard Pagès s’inspire des paysages et coutumes de son Quercy natal. Installé à Coaraze en 1965, il commence à sculpter à partir de 1966. L’année suivante,  il découvre le travail du groupe niçois des Nouveaux Réalistes qui joue un rôle majeur dans l’orientation du travail de l’artiste. Ce dernier réagit aux grands thèmes abordés par le groupe : le readymade, l’accumulation et la société de consommation entre autres.
Dans Murette de briques et tas de barres de bois teinté, l’utilisation de matériaux  bruts le renvoie à son enfance, marquée par les pénuries liées à la guerre ainsi qu’à ses grands-parents paysans. Le dénuement et la simplicité qui caractérisent la sculpture sont tirés du souvenir de cette enfance rurale.  Il décrit ainsi la série dont elle est issue : « des sculptures dont les matériaux ne sont pas transformés : c’est la transformation de deux matériaux sur lesquels je n’interviens pas et que je qualifie ‘d’arrangements’. Deux volumes identiques de briques et de bûches, par exemple, sont disposés comme le veut l’usage de chacun de ces matériaux, je n’interviens pas dans la manière de les installer, je ne les transforme pas, je n’utilise pas d’outils ».
Le mouvement Supports/Surfaces qui cherche à libérer la peinture de ses carcans traditionnels, manifeste un intérêt vif pour l’anthropologie. Dans cette perspective, cette sculpture s’inspire en effet des formes d’outillage et de constructions traditionnelles. Par ailleurs, elle présente des similarités certaines avec le mouvement italien de l’Arte Povera.
Figure majeure de la peinture française depuis les années 1970, Noël Dolla fréquente à la fois les artistes Fluxus et ceux du mouvement Supports/Surfaces. En 1971, il participe à deux expositions fondamentales pour le groupe : à la Cité Universitaire de Paris et au Théâtre de Nice.
Au cours des premières années de sa carrière, l’artiste explore les limites de la peinture. Cette recherche passe par une forme de radicalité qui s’inscrit dans la lignée du groupe BMPT (Buren, Mosset, Parmentier, Toroni) quelques années plus tôt. Ses protagonistes répètent mécaniquement le même motif sur la toile, évacuant toute forme d’illusionnisme et de subjectivité. A leur instar Dolla réduit l’acte pictural à la répétition d’un simple point sur la toile ; mais la répartition de cette forme minimale est aléatoire, tout comme le format de l’œuvre qui se déroule depuis le mur jusqu’au sol. Cette posture à la fois spirituelle et ironique témoigne de l’influence de Marcel Duchamp sur le peintre.
L’artiste joue avec la souplesse du matériau, lui permettant différentes modalités de présentation, parfois en suspension. Le déploiement, à dimension variable, d’une bande de tissus avec une portée potentielle de trois mètres de long relève aussi bien de l’univers Fluxus que de l’entreprise de remise en jeu de l’espace de la peinture initiée par Supports/Surfaces. Le point peint par Dolla migre sur différents supports bien souvent exogènes au domaine des beaux-arts comme la tarlatane, la bande de tissu ou bien même le torchon.

A découvrir

Patrick Saytour (né en 1935)
Pliage, 1967
Acrylique jaune sur toile libre
305×91 cm

Bernard Pagès (né en 1940)
Murette de briques et tas de barres de bois teinté
1968
Briques et bois. Installation unique
55 × 55 × 60 cm

Deux œuvres acquises avec la participation généreuse de la Fondation d'entreprise du musée Fabre , 2015

Noël Dolla (né en 1945) © DAGP Paris
Bande rouge, 1970
Acrylique et crayon sur tissu
Signée et datée au dos en bas au centre
300 × 16 cm

Achat de Montpellier Méditerranée Métropôle , 2015