Dominique Joseph Van der Burch, Nature morte ou Allégorie des arts

Dominique Joseph Van der Burch est né à Lille en 1722, au sein d’une famille de peintres et graveurs lillois identifiée dès le milieu du XVII e siècle et dont les liens de parenté s’étendent aux frères Vaillant. Dominique Joseph se forme auprès de son père Dominique François (1682-1729), bourgeois et peintre-juré de la ville. Il quitte Lille pour Montpellier où il est signalé dès 1746, avant de se marier en 1749 avec Jeanne Reboul (1730-1749), fille du maître de musique Jean Reboul, dont il a dix enfants. Il rejoint également la confrérie des pénitents blancs, réseau de sociabilité de premier plan dans le Montpellier du XVIII e siècle.

L’artiste se spécialise dans la peinture décorative et collabore comme peintre faïencier à la manufacture des frères Dupré puis à la manufacture de Jacques Vabre. Dans la peinture de chevalet, ses spécialités sont les vues de ports et les marines, traitées soit dans un goût proche de Joseph Vernet et des peintres de l’Académie de Marseille, soit dans un style relevant davantage de la chinoiserie. Il exécute en effet de nombreux paysages en camaïeux, agrémentés de fabriques exotiques et de pagodes aux formes originales. Le musée conserve quatre toiles de ce genre, et l’on en retrouve également au musée Nissim de Camondo à Paris, au musée des Beaux-Arts de Dijon et au palais des Beaux-Arts de Lille.

Au regard du corpus connu de l’artiste, cette toile est d’une grande originalité, car il s’agit de la première nature morte identifiée de ce peintre, dans un format d’ailleurs ambitieux. Dans un savant désordre propre au genre, l’artiste mêle diverses allusions aux arts : la musique avec le violon et la partition, la sculpture avec un buste en plâtre et un sphinx, le dessin avec le stylet, les lettres avec un petit livre, l’architecture avec le compas, l’escrime avec les fleurets. Le jeu est également évoqué à travers les dés et les cartes à jouer. D’autres éléments, tels que les boites, les coquilles et coquillages, un pot en céramique, un bougeoir, le manche d’un couteau, une mouchette placée à côté d’un chandelier, apportent une note plus prosaïque et réaliste à cette composition qui mélange habilement emphase baroque et objets du quotidien. Les quelques fruits, oranges et pommes, contribuent à l’atmosphère chromatique générale de la toile, chaude, entre les brun, les rouges et les jaunes, rehaussée par la brillance des objets métalliques. La bougie éteinte, au centre de l’image, apporte peut-être une veine moralisante, souvenir lointain de la nature morte nordique du XVII e siècle. Cette composition inédite est à rapprocher des productions d’un autre peintre montpelliérain proche de Van der Burch, Jean Coustou (1719-1791), peintre officiel de la Ville de Montpellier à partir de 1746, chargé notamment des portraits annuels des consuls. Bien que la plupart de ses toiles soient des sujets religieux peints pour les églises de Montpellier et de sa région, Jean Coustou a également pratiqué la nature morte : on connait de lui notamment quatre panneaux décoratifs, sans doute des dessus de porte, conservés au musée de Béziers, ainsi qu’un autre dessus de porte, présentant une médaille à l’effigie du comte de Caylus , récemment acquise par le musée Fabre.

Dominique Joseph Van der Burch s’intègre à l’important mouvement qui anime la vie artistique montpelliéraine à partir de 1779 avec la fondation de la Société des beaux-arts. Grâce aux efforts du marchand d’art Abraham Fontanel, un groupe de trente personnages de la ville de Montpellier et du Languedoc s’assemblent pour créer cette Société, proposant annuellement un salon de peinture et de sculpture ainsi qu’une école gratuite de dessin au sein de l’ancien collège des Jésuites, un des actuels bâtiments composant le musée Fabre. C’est dans cette école que le jeune François-Xavier Fabre, futur fondateur du musée en 1825, reçoit ses premières leçons. De 1779 à 1780, Dominique Joseph Van der Burch est chargé de l’enseignement du dessin, aux côtés de ses amis artistes montpelliérains Jean Coustou, Paul-Louis Gaussel et Pierre Henri Vialla, le sculpteur Jean Journet, les architectes Jean Antoine Giral et Jacques Donnat. Un des fils de Van der Burch, Jacques André Edouard (1756-1803), fréquente également les classes de la Société avant de parfaire sa formation à Rome de 1785 à 1791. Il expose au Salon parisien de 1791 à 1801, et participe au concours de l’an II.

Cette toile est d’un grand intérêt pour les collections du musée Fabre, qui s’efforce de donner depuis plusieurs années une forte visibilité à la vie artistique montpelliéraine de la fin du XVIII e siècle. L’exposition de 2017-2018 « Le Musée avant le musée, la Société des beaux-arts de Montpellier, 1779-1787 » a permis de présenter cette histoire au public. Aujourd’hui, la salle 24 du parcours des collections permet de présenter des artistes (Jean Coustou, Jean Journet, Augustin Pajou, François-Xavier Fabre) et des personnages (Philippe Laurent de Joubert) liés à cette ébullition artistique de la fin du XVIII e siècle jusqu’à la Révolution française. Le musée a pu acquérir, il y a quatre ans, deux bas-reliefs exécutés par le sculpteur Jean Journet (Bélisaire demandant l’aumône ; Diogène cherchant un homme), tandis que le dessus-de-porte à l’effigie du comte de Caylus a rejoint la collection cette année. L’acquisition de cette ambitieuse nature morte est l’occasion de poursuivre ce mouvement de valorisation de ce contexte historique et artistique montpelliérain.

Pierre Stépanoff



En savoir plus

Le Musée avant le musée, la Société des Beaux-Arts de Montpellier, 1779-1786 , catalogue d’exposition , Montpellier, musée Fabre, 9 décembre 2017 - 11 mars 2018, Gand, Snoeck, 2017, sous la direction de Michel Hilaire et Pierre Stépanoff.

Isabelle Jonc, Dessins français du XVIIIe siècle au musée Fabre de Montpellier : cinq artistes en Languedoc : David, Gamelin, Pillement, Van der Burch, Demoulin , Master 1 ère année, mention histoire, spécialité sociétés, arts, religions des mondes modernes et contemporains, université Paul-Valéry, juin 2009, Michèle-Caroline Heck (dir.).

Sylvie Bonhomme, Dominique-Joseph Vanderburch, 1722-1785, et Jacques-André-Edouard Vanderburch, 1756-1803 , Maîtrise d’histoire de l’art, Université Paul-Valéry, 1990, Laure Pellicer (dir.).

Ouvrages disponibles à la bibliothèque Jean Claparède du musée Fabre

Dominique Joseph Van der Burch (Lille, 1722 – Montpellier, 1785)
Nature morte ou Allégorie des arts
Vers 1770-1780
Huile sur toile
H. 85 ; l. 116 cm

Hist. : Paris, vente Million et Associés, Hôtel Drouot, 2 avril 1997, n° 33 ; Copenhague, vente Brunn Ramussen, 26 mai 1998, n° 40 ; Paris, galerie Eric Coatalem, vers 2000 ; France, collection particulière ; Paris, galerie Canesso, 2018 ; Paris, galerie Etienne Bréton, 2020 ; achat de Montpellier Méditerranée Métropole pour le musée Fabre auprès de cette galerie, 2021.