François-Xavier Fabre, Portrait de Caroline Scitivaux (1800-1882)

Formé à la peinture d’histoire dans l’atelier de David, François-Xavier Fabre se spécialise dans l’art du portrait à partir de son installation à Florence en 1793. Il trouve d’abord ses clients auprès de l’aristocratie européenne réalisant son Grand Tour en Italie. A partir de l’invasion de la Toscane par les armées républicaines sous le Consulat, Fabre renoue avec une clientèle française d’officiers, d’administrateurs ou de diplomates.

C’est dans ce contexte que Fabre réalise ce charmant portrait inédit de Caroline Scitivaux, fille de Charles Sébastien Scitivaux (1775-1844), payeur général de Toscane de 1808 à 1814. Sous ses conseils, Scitivaux acquiert un certain nombre d’œuvres d’art en Italie : une copie de la Madone de Lorette de Raphaël, alors considérée comme une peinture originale que Fabre restaure en 1813, ainsi que la Vierge et l’Enfant entourés de saint Jean Baptiste et de sainte Catherine par Pérugin et deux Annonciations, l’une d’après Andrea del Sarto, l’autre, attribuée au même artiste, et aujourd’hui disparue. Tous ces tableaux furent acquis par le musée du Louvre grâce aux négociations de Fabre et du comte de Forbin en 1821.

Scitivaux n’en était pas moins attentif à l’art de son temps, puisqu’il fit l’acquisition d’une petite version de Roger délivrant Angélique peinte par Ingres. Il commanda à Fabre son propre portrait, aujourd’hui non localisé, mais dont l’existence est connue par un échange de lettres conservées dans le fonds Fabre-Albany (Montpellier, Médiathèque Émile-Zola). L’usage que fait Fabre, dans ce tableau, du format ovale, est très caractéristique de l’art gracieux et raffiné qu’il mobilise dans ses portraits, depuis la précoce effigie de Philippe-Laurent de Joubert (vers 1786, Montpellier, musée Fabre), jusqu’à celui de la princesse Elisa Napoleone Baciocchi (1806-1869), future comtesse Camerata (Boulogne-Billancourt, Bibliothèque Marmottan), en passant par les deux portraits en pendant de la comtesse d’Albany et du poète Vittorio Alfieri , ses protecteurs (Montpellier, musée Fabre).

C’est sans doute pour donner un caractère plus raffiné encore à cette peinture que Fabre convoque la technique de l’huile sur papier, comme il l’avait déjà fait dans un autre portrait d’enfant laissé inachevé, celui de Charles Louis Ier, roi d’Étrurie (1799-1883) , exécuté en 1803 (Montpellier, musée Fabre). Au sein de ce corpus, le portrait de Mademoiselle de Scitivaux est cependant plus ambitieux, que ce soit par ses dimensions ou par l’inscription de cette figure à mi-corps dans un paysage, et évoquant par cette formule le Portrait du jeune Edgar Clarke (1802, Montpellier, musée Fabre) ou de la petite Amalia Oginska (1808, Kaunas, Lituanie, musée des beaux-arts Ciurlionis), de grandes dimensions. Le paysage encadrant la jeune Caroline Scitivaux est sans doute un emprunt de Fabre à la tradition du portrait italien comme flamand du XV e siècle. Il rappelle à cet égard les mêmes recherches menées par Ingres à la même époque dans son Portrait de Mademoiselle Rivière (Paris, musée du Louvre) à la « primitivité » délibérée, et que Fabre avait pu voir à Paris au Salon de 1806. La finesse de l’exécution des yeux de la petite fille, transparents et lumineux, donne une singularité troublante à ce tableau. Ce portrait d’un réalisme et d’une présence frappante, illustrant le caractère simple et attachant de l’enfance, vient enrichir de manière remarquable les collections du musée Fabre et la connaissance de l'art de son fondateur.

Pierre Stépanoff



En savoir plus

Catalogue de l'exposition François-Xavier Fabre, de Florence à Montpellier (1766-1837) , Montpellier, musée Fabre, 14 novembre 2007 – 24 février 2008, Paris, Somogy, 2008, Laure Pellicer, Michel Hilaire (dir.).

Ouvrage disponible à la bibliothèque du musée Fabre.

Exposition François-Xavier Fabre, peintre et fondateur du musée (1766-1837) , Montpellier, musée Fabre, 14 novembre 2007 – 24 février 2008

François-Xavier Fabre (Montpellier, 1766 – id., 1837)
Portrait de Caroline Scitivaux (1800-1882)
Vers 1808 – 1814
Huile sur papier marouflé sur toile
H. 58 ; L. 48 cm

signé en bas à gauche « F.X. Fabre »

Hist. : Lyon, collection particulière ; acquis de cette collection par la Galerie Michel Descours ; acquis de cette galerie par M. A. d’Espous et l’entreprise Jean Larnaudie, 2018 ; don de M. A. d’Espous et de l’entreprise Jean Larnaudie au musée Fabre, 2018.