Frédéric BRULY BOUABRÉ, Vision solaire dans l’ordre des persécutés en date du 11 mars 1948

Le Fonds régional d’art contemporain Occitanie Montpellier et le Musée Fabre Montpellier Méditerranée Métropole s’associent dans le cadre du sommet Afrique-France pour célébrer une figure emblématique de l’art contemporain africain, Frédéric Bruly Bouabré, révélé pour la première fois en Europe en 1989 lors de l'exposition Magiciens de la Terre au Centre Pompidou à Paris.

C’est à la suite d’une vision le 11 mars 1948 que cet homme originaire de Côte d’Ivoire est devenu artiste et prophète. Débute alors un travail qui compte désormais plusieurs milliers de dessins, déchiffrant l'univers, inventoriant des sons et inventant l'alphabet bété qui traduit une pensée universelle. Frédéric Bruly Bouabré fait la chronique du monde, traduit le langage de la nature, transmet les mythes et les légendes, interprète les signes de sociétés. Dans son journal, sous la forme de cartes, de pages volantes ou de cahiers, il consigne tout, des gestes les plus anodins à la cosmologie.

L’œuvre présentée ici retrace la vision inaugurale de l’artiste. Les dix cartes témoignent chacune d’une étape de ce « miracle céleste », avec au recto un dessin aux crayons de couleur cerné par un cadre, et au verso la description de huit visions. Chaque vignette donne à voir un cercle de couleur, qui rythme le temps jusqu’à la réunion des cercles en une constellation harmonieuse et mélodique. Au travers de ces disques de lumière, symboles d'ascension, de reconquête d’une puissance perdue et de transcendance qui décrivent « un cercle de beauté autour de la Mère-Soleil », l’artiste semble vouloir capter les forces vitales du devenir.

Bruly Bouabré utilise un vocabulaire graphique et textuel à la fois riche et simple qui remplit la mission qu’il s’est assigné : élargir et transmettre le savoir au monde. L’œuvre est conçue comme une ouverture vers « l’universelle fraternité humaine ». En gardant cette idée toujours à l’esprit, Bruly Bouabré se glisse aussi bien dans la peau d’un mystique, d’un poète, d’un sociologue, d’un linguiste que d’un critique. L’art reste la voie royale pour appréhender et communiquer la parenté universelle des hommes :  « la création des formes que l’humanité réalise et diffuse dans l’espace et dans le temps comme “socle” de la civilisation ». La vie et l’art de Bruly Bouabré se confondent pour conserver méticuleusement le sens des choses et le transmettre dans une approche intuitive du monde, où pour l’artiste tout est langage.

Cette œuvre est exposée pendant un mois au musée Fabre, au sein d’une salle dédiée au symbolisme en peinture et en sculpture, mouvement qui a marqué le tournant du XX e siècle. De ses prémices au début des années 1870 à ses développements plus tardifs, le courant symboliste n’a eu de cesse de s’attacher à « vêtir l’idée d’une forme sensible  » et à retranscrire les mystères du monde et de la vie, à l’image de l’œuvre de Bruly Bouabré.

Frédéric BRULY BOUABRÉ (1923, Zéprégühé (Côte d’Ivoire) - 2014, Abidjan (Côte d’Ivoire))
Vision solaire dans l’ordre des persécutés en date du 11 mars 1948
1995
Crayons de couleur et encre sur carton, ensemble de dix cartes
16,5 x 11 cm (chaque carte)
96D0529