14h visite découverte de l'exposition

Visite guidée découverte de l'exposition

Les mercredis, samedis et dimanches

et les vendredis pendant les vacances scolaires

14h

Découvrez l’univers pictural de cet artiste contemporain à travers une visite guidée par un médiateur du musée.

Plein tarif 15 € | Pass Métropole 10,50 € | Tarif réduit 10,50 €

DJAMEL TATAH
LE THÉÂTRE DU SILENCE
Installé depuis 2019 à Montpellier, Djamel Tatah, né en 1959 à Saint- Chamond, formé à l’école des beaux-arts de Saint-Étienne, élabore depuis les années 1980 une peinture d’une grande sobriété, qui place la figure humaine, évanescente, au coeur de profonds aplats colorés. L’exposition du musée Fabre, composée d’une quarantaine d’oeuvres au format souvent monumental, s’attache à mettre en lumière, au sein de cinq sections thématiques, la singularité de l’oeuvre de Djamel Tatah, qui confère un rôle central à la question de la théâtralité. Des toiles historiques y dialoguent avec des toiles récentes, réalisées spécialement pour l’exposition. Héritier de l’art de la couleur des maîtres du Colorfield américain, l’oeuvre des débuts de Djamel Tatah se réfère aux origines de la représentation picturale, que ce soit sur le plan de la primitivité du support (un assemblage de planches de bois qu’il conserve jusqu’en 1996) ou de « l’archaïcité moderne » de ses compositions. De frontales et hiératiques, Tatah évolue progressivement, suite à son passage à l’huile sur toile, vers des figures marquées par une forte gestualité. Inspiré par les corps en mouvement des danseurs, Tatah développe un ensemble d’oeuvres mettant en évidence l’abstraction des figures, suspendues dans l’espace monochrome de ses toiles. En lévitation et extraites de tout contexte, elles vont jusqu’à signifier une « forme de disparition de l’être » que l’artiste tente de capter au sein de sa peinture.

Jouant sur les échelles, le dialogue entre les oeuvres, à hauteur d’hommes, et le regardeur, le travail de Tatah est profondément théâtral, tout en créant fréquemment l’effet d’un double absorbement, selon le concept théorisé par le critique Michael Fried : celui des figures plongées dans leur pensée ou leur activité et celui du public à leur contact. L’oeuvre de Tatah construit un dialogue muet, au sein de l’espace de l’exposition qu’il met en scène.
Introduit quelques années avant les Femmes d’Alger, toile majeure de l’artiste réalisée en 1996, le principe de répétition participe de cette théâtralité, créant des effets d’échos et une temporalité nouvelle à l’intérieur d’un même tableau et permet d’affirmer la présence des corps tout en mettant à mal leur mimétisme à travers d’infimes nuances. Les silhouettes humaines vont jusqu’à prendre l’aspect d’un élément de décor quasi ornemental, à l’allure de frise, où la répétition affirme la recherche essentielle et universelle, jamais épuisée, de l’expérience du temps. La reprise permanente de motifs issus de photographies qui réapparaissent d’un tableau à l’autre, parfois à plusieurs années d’intervalle, intègre pareillement ce principe.
In fine, l’exposition donne à voir des toiles qui affirment la présence des figures dont l’artiste recherche une « expression abstraite ». Ses profils peints fonctionnent comme des archétypes que rien ne distingue. Leur visage à l’allure spectrale, les silhouettes inspirées tant par peinture européenne que par la tradition des icônes et de l’art funéraire oriental, renforcent le caractère universel de leur présence trouble qui nous confronte.